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Départ 2006 de prêtres, religieux et religieuses en mission « fidei donum »
Plusieurs prêtres diocésains, religieux et religieuses engagés dans la pastorale de l’Eglise de France se préparent à partir, au cours de l’année 2006, au service d’une autre Eglise dans l’esprit de l’encyclique « Fidei donum » [1].

 

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Fidei donum en Argentine
© Missio Aachen

Depuis 1957, plus de mille prêtres français ont été ainsi envoyés principalement en Afrique et en Amérique Latine. Ils restent attaché à leur diocèse d’origine et, très souvent, ils y reviennent après plusieurs années.
Leur rôle et leur engagement sont variés, selon les besoins de l’Evêque et du diocèse d’accueil [2].

Le Comité Episcopal de la Coopération Missionnaire, le Comité Episcopal pour l’Amérique Latine et les Commissions Missionnaires de la CSM [3] et CSMF [4] organisent ensemble une session à l’intention de ces prêtres, religieux et religieuses.

Date : 17 au 22 avril 2005
Lieu : Accueil Saint Jean Baptiste, 89 rue Jean Jaurès 93470 COUBRON

Le contenu de cette session permet de partager et d’approfondir leurs cheminements et leurs motivations ; de découvrir les multiples visages de la mission aujourd’hui ; de découvrir d’autres cultures pour mieux s’insérer dans un continent et une Eglise autres.

Ce sont 6 prêtres diocésains, 4 religieux et 6 religieuses qui participeront à ce temps d’échanges et de formation à Coubron. La variété de leurs origines et de leurs insertions permet de concrétiser l’intérêt et les formes de ce type d’échanges entre les Eglises des divers continents.

-  Si vous souhaitez plus d’informations sur le contenu de la session et recueillir le témoignage de ces religieuses et prêtres qui s’apprêtent à partir en mission, contactez-nous pour préciser la date et l’heure de votre passage à Coubron. Si vous ne pouvez y venir, nous restons à votre disposition pour répondre à toutes vos demandes d’information et de témoignages.

Contacts :
Mme Amice, secrétariat, Tél. : 01 53 69 17 43
à partir du 17 avril : directement auprès des organisateurs de la session à l’Accueil St Jean Baptiste de Coubron, Tél. : 01 43 30 00 80.

Organisateurs :

P. Philippe MALLET
Comité Episcopal de la Coopération Missionnaire
5, rue Monsieur
75343 PARIS Cedex 07
Tél. : 01 53 69 17 48
Fax : 01 47 34 26 63
P. Philippe KLOECKNER
Comité Episcopal France Amérique Latine
5, rue Monsieur
75343 PARIS Cedex 07
Tél. : 01 42 52 07 89
Fax : 01 42 52 45 24
Sr Françoise SCHILL
Commission Missionnaire de la C.S.M
10, rue Jean Bart
75006 PARIS
Tél. : 01 45 48 18 32
Fax : 01 45 48 81 14

 

[1] « Le don de la foi », en latin : « Fidei donum ». Ce sont les deux mots latins en tête de l’encyclique du 21 avril 1957 de Pie XII, qui demandait aux évêques d’autoriser leurs prêtres diocésains à répondre aux appels de la Mission, notamment en Afrique.

[2] Leur engagement n’est pas sans risques. Le 5 février 2006 : le P. Andréa Santoro, prêtre italien Fidei donum, 61 ans, a été tué de deux balles dans le dos alors qu’il priait dans son église à Trabzon, en Turquie.

 Le 11 décembre 2005

 

                                                Chers amis et amies,

 

 

                                                Notre cher Père Hertzog avait accepté de vous adresser ce message fraternel pour partager avec vous la joie de Noël et l’espérance de nos communautés à la veille de l’an nouveau. Jacques Deleule, diacre  nouveau délégué diocésain de la Coopération Missionnaire, m’a proposé de prendre le relais .J’ai accepté dans la confusion.

 

                                                 Une chose est sûre : vous êtes présents dans notre vie diocésaine. Il n’est pas de fête , de rassemblement , de joie ou de peine sans que vous soyez présents .Tout particulièrement , bien sûr , quand nous avons accompagné le P. Hertzog lors de sa Pâques récente . Nous avons alors pris une conscience plus vive de la  « famille diocésain »  lors des liturgies qui furent des temps forts de prière .Le diocèse et tout spécialement Mgr Ricard a perdu un serviteur exemplaire . Il avait le souci constant  de nous ouvrir aux dimensions de toute l’Eglise .La lecture de l’Aquitaine vous permet de vivre à l’unisson de l’Eglise diocésaine. Certes, les difficultés ne manquent pas…..mais nous sommes encouragés par les humbles signes qui jalonnent notre route : ouverture de l’année de l’Eucharistie , visites pastorales de notre archevêque dans plusieurs « ensembles »,activités très encourageantes dans notre Institut Pey Berland , entrées au grand séminaire de Bordeaux .

 

                                                    Nous sommes en communion avec vous et souvent nous faisons mention de vous dans nos intentions de prière. C’est à cause de vous que notre Eglise est vraiment catholique.

 

                                                     Je vous transmets le souvenir amical et fraternel de notre archevêque, la promesse de la prière des prêtres et des diacres du diocèse et la communion de toutes les communautés.

 

                                                     Bien fraternellement .Un ami qui vous aime bien.

 

                                                      Pierre Grenié

 

 

  A la demande de la Coopération Missionnaire du diocèse

 les religieuses trappistines du Rivet prient tout particulièrement pour les missionnaires du diocèse et les communautés qui les entourent ; elles reçoivent leurs lettres.

Lettre-Chronique aux missionnaires de Gironde

Année 2005

Abbaye du Rivet 33124 Auros France

Mon frère, ma sœur,

 Aujourd’hui, avec joie, je viens te partager les dons de vie que j’ai reçus au long de cette année. Beaucoup d’événements ont eu lieu ici, au Rivet, et dans le diocèse de Bordeaux ; toi, tu en as vécus d’autres… C’est les mettre en commun comme des biens et vivre la communion fraternelle, que de nous les écrire. Je ne peux malheureusement pas tout te raconter ; comme toi, je ne peux pas tout dire, car en voulant tout dire, je ne dis plus rien, je risque de perdre de vue l’essentiel… Mais j’ai choisi pour toi ce que j’appelle des instants de bonheur, des petits bouts de coeur. Au nom de mon Abbesse, Mère Marie-Christine, au nom de mes sœurs, les voici livrés pour toi, en toute simplicité.

 

1°) La Parole, c’est le bonheur d’écouter et d’être libre

 

Le Bonheur des bonheurs, c’est la Parole de Dieu. Elle l’est autant pour celui qui la garde et la médite que celui qui l’accueille dans son cœur et la distribue comme du pain aux pauvres de notre monde moderne. La Parole de Dieu, ce n’est pas des mots qui disent " quelque chose ", c’est quelqu’un qui est là, qui vient à notre rencontre par ce qu’il dit, c’est quelqu’un dont la Parole crée, renouvelle. Avec la Bible, nous avons sous les yeux Dieu en personne, nous le voyons, nous le regardons. Et du regard que nous lui portons, regard de tendresse ou regard de détresse, regard de mépris ou distrait, dépend notre écoute, dépend la qualité de notre amour, de notre mission, dépend le sens de notre vie, de notre attente, dépend aussi l’image que les incroyants se font des chrétiens, de Dieu lui-même.

Dieu ouvre nos yeux et nos oreilles à l’aide des Ecritures. Il pénètre chez nous, à l’intime de l’être, et lui donne la vie. Nous écoutons Dieu de nos yeux attentifs, d’une oreille attentive - avec " l’oreille de notre cœur " dirait saint Benoît - et nous discutons avec lui. Avec la Bible, nous ne sommes jamais seuls, et non seulement nous lisons notre propre histoire dans celle du Peuple de Dieu, mais nous partons à la découverte de ce que nous sommes, et nous découvrons et notre propre vie et Dieu dans notre vie : la grâce d’être dans ses mains, d’être une parole désirée et aimée. Un jour, Dieu a prononcé ma sentence de vie... Un jour, Dieu dit et je fus ! Un jour, Dieu dit, et tu existas !

 

Cette année, Monseigneur Jean-Pierre Ricard nous a invité à partir à la découverte d’un de nos plus précieux trésor, de notre plus bel héritage : la Parole de Dieu. Il nous a invité à la découvrir, mais aussi à la vivre, à la pratiquer avec la pratique des sacrements, en particulier celui de l’Eucharistie.

C’est la pratique qui donne sens à la Parole. Dieu dit et fait en même temps. L’homme écoute et doit agir ensuite. C’est ce que nous faisons qui donne corps au Verbe, qui donne au monde le visage de Dieu, qui donne à l’Eglise sa grâce d’épouse. D’où le respect que nous devons à la Parole, un respect qui se manifeste par le genre de vie que nous menons conformément à l’Evangile, et l’Evangile est très exigeant…

Pour certaines personnes dans le monde qui sont raillées, outragées à cause de leur foi, c’est une croix, mais une croix glorieuse ! Mais qu’est-ce que la vie, si celle-ci ne met pas à l’épreuve notre liberté ? Qu’est-ce que l’amour, si celui-ci n’est pas éprouvé par la tentation de l’infidélité ? Qu’est-ce que la foi, sans les questions qui nous assaillent ? La croix est la porte étroite qui commence par une vie selon l’Evangile et qui aboutit à la Résurrection, la naissance dans le Royaume, le passage dans l’Eternité. La preuve que nous aimons Dieu, que nous sommes chrétiens, c’est que nous sommes des êtres vraiment libres, qui savons renoncer à ce qui nous tient à cœur. " Celui qui veut me suivre, qu’il prenne sa croix et qu’il vienne ! " La preuve que nous aimons Dieu, c’est que nous portons la croix comme un signe de victoire et d’espérance, et non comme un signe dérisoire, sans avenir. Si nous traînons ce que nous sommes, qui peut croire à la Résurrection, qui peut croire et comprendre l’Evangile, la Parole de Dieu ? Qui peut croire à l’amour même de Dieu, qui ? Et qui peut désirer suivre Jésus ?

 

En communion avec ce projet diocésain de notre Archevêque, Mère Marie-Christine organise régulièrement des " sessions d’apprentissage de la lectio divina monastique ". Avec l’aide de sœur Damienne, notre économe, elle enseigne à lire la Bible telle qu’elle se lit au monastère, mais aussi dans tous les monastères de notre Ordre, telle que nous l’ont enseigné nos Pères cisterciens, selon une tradition qui remonte au Moyen Âge.

La Parole de Dieu est au cœur de notre vie de moniales. Elle est notre nourriture. Une moniale qui ne fréquente pas les Saintes Ecritures meurt intérieurement : elle agonise dans sa vie de tous les jours, et dès le moindre problème, d’ordre matériel ou spirituel, elle " tombe ". La pratique de la Parole est une ascèse. Il ne s’agit pas pour nous de lire simplement, le menton reposé sur la paume des mains, les bras accoudées sur notre bureau, ou, comme cela arrivait au XII ème siècle, dans le cloître où se faisait la lectio en commun, dans la nuit et le froid, de nous servir des monumentaux manuscrits comme appui-tête pour nous endormir ! Il ne s’agit pas de demeurer à la surface du texte, mais de plonger avec son cœur, de devenir des explorateurs, des aventuriers de Dieu, en faisant marcher notre foi et notre intelligence.

Lire, c’est méditer et prier, d’où le terme latin de lectio divina, qui peut se traduire par " lecture divine ", ou " lecture spirituelle ". Cela signifie que nous avons à faire avec Dieu lui-même, en personne. Nous ne lisons pas des paroles éphémères, qui volent au-dessus de notre tête, de notre intelligence, mais nous écoutons Dieu qui parle, et qui parle à notre cœur. La lectio divina contrairement à son apparence est bien concrète, elle est moment de rencontre unique et divine. Ce n’est pas un hasard si saint Benoît commence sa Règle par ces mots : " Ecoute, mon Fils, ouvre l’oreille de ton cœur. " Bien sûr, l’écoute ici est synonyme d’obéissance, mais son apprentissage se fait par la pratique de la Parole dont la Règle se veut un condensé, non pas un commentaire, mais un ensemble d’instruments qui permettront au moine, à la moniale de mettre en pratique ce que Dieu commande : de vivre selon l’Evangile. Le but de Mère Marie-Christine, au long de ces sessions qui réunissent chaque fois une vingtaine de personnes, n’est pas de transmettre un usage monastique de la parole pour ceux qui ne sont pas moines… mais d’offrir un chemin qui fasse aimer la Parole, et la mettre au cœur de la vie de tous les jours, au premier plan, comme source de grâces. La Parole est nourriture, elle est vie, elle nous donne la force, le bonheur de vivre et d’être libre !

Ces temps de rencontres autour de la Parole avec nos hôtes, mais aussi entre nous, en communauté, nous ont aidé à réaliser un projet : la création d’un ambon - Notre église n’en possédait pas ! Ce projet nous tenait à cœur depuis longtemps. Il a vu le jour pendant le Carême qui nous enseigne que l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

2°) Le partage, ou le bonheur d’être à Dieu et d’être unis, le bonheur d’être amis

Quand on rencontre quelqu’un, on rencontre Dieu. L’autre nous met en compagnie de Dieu. Ainsi, si l’on est deux, en réalité, on est trois. Et si l’on est nombreux, à plusieurs nous ne sommes plus qu’un, nous sommes un même corps. L’amitié est un mystère, au même titre que la Trinité qui nous dit qui est Dieu en personne, qui nous découvre un Dieu insaisissable. Aelred de Rievaulx, un moine anglais du XII ème siècle, l’a bien illustré dans un de ses traités que j’affectionne particulièrement, L’Amitié Spirituelle. - Je vous le conseille, si vous êtes en quête d’un livre spirituel, d’un livre qui ouvre les yeux et le cœur. - Pour lui, l’ami est un don que Dieu nous partage parce qu’il veut nous enrichir de ses dons, élargir notre coeur. L’ami est un proche qui nous rapproche de Dieu. Avec lui, on apprend à aimer et à être aimé.

Tout au long de l’année, c’est ainsi que nous avons expérimenté un certain nombre de rencontres. Notre charisme cistercien, hérité de saint Benoît, est de recevoir. L’hôte est considéré soit comme le Christ, soit comme un semblable, il n’est pas reçu pour ce qu’il nous rapportera, mais pour ce qu’il est, comme il est considéré dans le cœur de Dieu qui ne fait pas acception de personnes. Nous aimons recevoir, car nous recevons plus que nous ne donnons: entre autres, le don de partager.

Ainsi beaucoup sont-ils venus nous témoigner de leur apostolat dans le monde, à l’étranger, comme Monsieur Dupart, diacre permanent, qui nous a partagé en images son voyage en Asie, comme Madame Pacqueteau, qui vient régulièrement nous enseigner le chant, qui nous a raconté son périple en quatre-quatre à travers la Mongolie. Nous voyageons, non pas en rêve, en pensée ou en imagination, nous voyageons réellement grâce à la mémoire et à l’expérience vécue de ceux qui ont traversé telle ou telle partie du monde où ils ont laissé leur témoignage et où ils nous livrent celui qu’ils ont reçu des personnes rencontrées.

D’autres nous ont offert leur service. C’est le cas, cet été, d’un groupe de jeunes scouts venus de Strasbourg. Ils ont traversé une partie de la France à vélo, de La Rochelle jusqu’au Rivet. Pendant une semaine, ils ont nettoyé un grand bâtiment que nous allons rénover pour agrandir l’hôtellerie. Au terme de leur service fraternel, nous avons organisé une rencontre avec toute la communauté. Ces jeunes sont porteurs d’espérance. Levain dans la pâte, c’est l’Eglise de demain. C’est parce qu’on leur fait confiance, que les jeunes d’aujourd’hui sont capables de porter l’espérance. Ainsi, si les jeunes sont des témoins de l’espérance, les aînés, eux, sont des témoins de la confiance.

Monseigneur Ricard nous a fait l’honneur d’une visite amicale, le 20 août. Il a célébré la messe. Nous aimons sa présence et son charisme pastoral qui nous encouragent à demeurer fidèle à la grâce que Dieu répand dans nos cœurs. " Ouvrons nos cœurs à l’écoute de la Parole pour nous ouvrir aux autres ! " C’est ainsi que pourrait se résumer l’invitation qu’il nous a adressée lors de son passage, mais qu’il a adressée aussi aux fidèles de l’église en Gironde tout au long de cette année consacrée à la Parole de Dieu. Après un repas pris au réfectoire avec la communauté, il nous a partagé son expérience quotidienne d’Evêque, ses voyages, son ministère, sa charge de président des Evêques de France, des nouvelles du séminaire, du diocèse qu’il a confié à notre intercession. Surtout, il nous a fait part de l’état de santé de Monseigneur Hertzog que nous soutenons par nos prières et notre amitié.

Comme chaque année, notre communauté devient une terre d’accueil pour les communautés nouvelles qui viennent se former à la vie monastique, à " l’école de la charité ". Les fondateurs de Cîteaux appelaient ainsi le monastère : la schola caritatis. C’est une appellation sans prétention qui dit en peu de mots la vocation du moine, de la moniale, de tout baptisé : l’amour à l’école de l’Evangile. Six sœurs de la communauté des Béatitudes ont reçu une formation au Rivet : deux françaises, une canadienne, une africaine, une tchèque, une russe. Nous avons également accueilli quatre jeunes Molokaï : une française, une argentine, une brésilienne, une casaque. La présence de toutes ces sœurs en apprentissage parmi nous dit bien ce qu’est l’église : universelle ; elle dit bien aussi sa vocation : rassembler ; elle nous dit son origine : Dieu, notre Père : tous, nous sommes les enfants d’un même Père.

Le Rivet a également accueilli un groupe de novices de notre Ordre pour vivre pendant une semaine un inter-noviciat sur le thème de l’obéissance. Mère Marie-Christine a réalisé plusieurs enseignements à partir de son expérience de moniale et d’abbesse ; devenue abbesse, elle continue à obéir… Ses exposés nous ont permis de partager en toute simplicité nos expériences de l’obéissance dans chacun de nos monastères. Obéir, ce n’est pas si simple, ce n’est pas facile… du moins parce qu’on ne sait pas obéir, dire oui sans dire non dans le secret de son cœur… L’obéissance est une question de maturité. En fait, celui qui obéit est vraiment libre, il montre qu’il a acquis une grande maturité intérieure ! Comme dit saint Bernard, on apprend plus de chose dans le  "  livre de l’expérience ". Nous avons appris l’obéissance, il ne nous reste plus qu’à apprendre à obéir… et nous saurons vraiment ce qu’est l’obéissance : une grâce ! La session n’était pas austère, plutôt très vivante, joyeuse.

Enfin, cet été, nous avons reçu deux stagiaires, Marie-Christine et Lise, qui, au terme de leur stage, ont demandé à entrer chez nous. La vie continue…

 

3°) La bonne nouvelle selon la Règle de saint Benoît : au cœur du monde, avec le monde, la vie monastique prend forme.

 

Nous ne sommes pas seules, bien que nous vivions en retrait du monde. Nous avons beaucoup de chose à dire, à annoncer, entre autres, la bonne nouvelle d’être à Dieu, la bonne nouvelle d’être en sa Présence, bien que nous cultivions le silence et la solitude au monastère. Si nous communiquons, c’est pour communier à l’amour du Christ. Nous ne sommes donc pas enfermées au dedans de nous-même, et notre communauté n’est pas un cercle fermé sur lui-même qui nous permet de constituer une ronde autour de Dieu. Si Dieu est notre richesse, il n’est pas à nous, nous n’avons pas à le saisir, à le retenir pour nous-même comme Marie-Madeleine au jour de la Résurrection. Nous sommes des êtres en devenir dans notre attente. " Le monde est une fenêtre, pas un ennemi ! " Alors, nous avons pris la décision de créer un site internet (http ://abbayesaintemariedurivet.com) où il est possible de nous rencontrer, de découvrir la vie monastique, l’abbaye du Rivet, ce que nous vivons, ce que nous faisons. Nous avons aussi donné jour à une association : " Les amis du Rivet ". Nous avons également décidé de réaménager et d’agrandir notre hôtellerie. Les travaux débuteront mi-février.

Un monastère est une koinonia vivante qui se communique au monde.

 

4°) L’éternité qui passe…

 

Pour achever notre rencontre épistolaire, je t’offre un petit conte de Noël sur le temps qu’il faut pour demeurer jeune, c’est-à-dire ce que l’on est, ce qui nous rend unique et précieux, l’amour de Dieu et l’amour du prochain.

 

Au nom de Mère Marie-Christine et de mes sœurs, je te souhaite un joyeux Noël et une Bonne et Sainte Année. Joie et paix dans ton cœur et tout autour de toi.

 

Unis dans la prière et l’amitié spirituelle, sœur Marie-Benoît.

 

PS : J’ai la joie de t’annoncer que je ferai profession solennelle le samedi 11 février 2006, à 14h30. Tu es invité au Rivet !

 

 

 

Rester toujours jeune pour devenir vieux

 

Il y avait deux mères qui parlaient ensemble. Elles étaient dans le verger. L’une était petite et jeune, l’autre courbée et vieille. Elles parlaient à voix basse, mais le vent m’apportait leur conversation. J’étais sous un pommier, assez loin pourtant. J’ai voulu me retirer par discrétion, pour ne rien entendre, mais j’ai trébuché sur une branche et je me suis tordue la cheville. Je ne pouvais plus bouger. J’ai alors essayé de me boucher les oreilles, mais des fourmis commençaient à me grimper sur les jambes, et même, sur le nez. Cela me grattait partout. Je n’ai rien dit, je n’ai pas appelé au secours, par manque d’humilité… Hélas ! Je ne voulais pas que les deux mères me voient dans mon état. Elles m’auraient demandé d’où je viens, ce que je fais là. Elles m’auraient sermonné, dit qu’il faut travailler, travailler, même si elles ne pouvaient pas se donner en exemple… Flâner, travailler… " Et qu’importe ! On fait du bien à l’humanité, pourvu qu’on fasse la Volonté de Dieu ! Si Dieu veut qu’on flâne et qu’on flâne, on sauve le monde par sa flânerie ", m’auraient-elles dit. Alors, malgré moi, sans mauvaise volonté, ni mauvaise intention, je les ai entendues… à ma plus grande joie ! Tout en contemplant les branches de mon pommier, tout en surveillant des pommes qui me paraissaient mûres sans me donner envie de les manger parce qu’elles semblaient menacer de me tomber sur la figure, j’ai ouï la plus belle confession de moniales, et je ne l’oublierai jamais. Et si Dieu a permis que je l’entende pour vous la rapporter, c’est que je faisais sa Volonté, et si j’ai fait sa Volonté, j’ai sauvé le monde en écoutant… :

-Je suis vieille, dit la mère âgée.

-Vieille ! dit la jeune mère, de l’air de dire : Mais non, c’est une illusion, vous n’êtes pas vieille. La vie est belle, continua la jeune mère. On est toujours jeune grâce à la beauté de la vie !

-Non, je suis vieille ! Et je suis heureuse de l’être.

-Ah bon ?!? dit la jeune mère qui ne s’attendait pas à cette réplique. Elle pensa : Mince, qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui dire après ça ? Elle s’écria : Mais non ! Vous êtes heureuse parce que la vie est belle !

Comme elle me paraissait convaincante, la jeune mère… alors que je surveillais mes branches pleines de pommes.

-Oui, la vie est belle, dit la mère âgée, mais je suis heureuse parce que je suis vieille. Ne me faites pas dire ce que je ne veux pas dire, et laissez-moi dire ce que j’ai à dire ! Ecoutez !

-Quoi ? demanda la jeune mère.

- Ecoutez comme le temps passe !

-Je n’entends rien, dit l’autre qui colla son oreille contre sa montre.

-Normal, vous n’êtes qu’au début…

-Non, je n’entends rien parce que j’ai une montre à quartz, les aiguilles sont silencieuses. J’ai veillé à ce que chaque sœur en soit équipée. Silence à l’office et en dehors des offices. Le silence, rien de tel pour croire à l’éternité.

-Si vous n’entendez rien, alors essayez de vous imaginez le temps qui passe. Comment le voyez-vous ?

-Alors là, c’est une colle ! Quelle heure il est ? Voyons ma montre… Moi, je pense que ce n’est pas possible de se représenter le temps qui passe. Quand le temps passe, on ne le voit pas, sinon, cela veut dire que l’on est en train de perdre son temps, que l’on s’ennuie… Quand on s’ennuie, on compte le temps qui passe, et le compter, c’est une perte énorme de temps. Il faut aller à l’essentiel, et plus vite que ça ! La vie est belle, pourquoi s’embêter avec le temps ?

-Mon enfant, vous vous égarez. Je suis vieille, acceptez-le. Vous aussi, vous le serez un jour, vous verrez, et vous en serez heureuse. Vous vous souviendrez de ma parole, et vous me remercierez dans votre prière. Oui, je suis vieille, mais je ne le suis pas devenue en un jour. Tandis que certains le deviennent en un jour, ou en peu de temps –comment peut-on vouloir être vieux ?-, moi je le suis devenue en prenant mon temps. Puisqu’il faut vieillir parce que le temps passe, c’est qu’il faut durer. J’ai pris mon temps pour faire durer la vie, ma vie, et ma vie en Christ ! Je suis vieille, et qu’est-ce que cela signifie ? Que je suis toujours là, que j’ai été fidèle. La fidélité, c’est cela la vraie vie. C’est le commencement sans fin de l’éternité qui ne se tisse non pas avec des mains de tisserand , mais des mains de gens qui s’accrochent, qui persévèrent, non pas par eux-mêmes mais grâce à Dieu, et qui le savent. Ah ! vivre au jour le joue est l’unique grâce du moine persévérant. Carpe diem ! Vous connaissez cette maxime du poète Pétrarque, vous savez ce qu’elle signifie ? " Cueille l’instant ! " Voilà mon bonheur ! Regardez mes mains, mes pauvres mains de rien du tout, Dieu mes les a données pour cueillir l’instant jour après jour, et j’ai vieilli jour après jour, petit à petit, tout doucement, quand d’autres, autour de moi, ont vieilli en un seul jour sans avoir profité de la Grâce.

A ces mots, je regardais les pommes suspendues au-dessus de moi, et je tendais les mains pour essayer d’en attraper. " Dommage que j’ai les bras trop courts ", me dis-je. La vieille mère continuait de parler :

-On a toujours les pieds qui frétillent. Si on les écoutait, on irait à droite et à gauche, on ne resterait pas au même endroit. On a toujours les pensées vagabondes, si on les suivait, on ne penserait jamais à Dieu. On a la volonté qui veut, qui veut pas. Le cœur qui dit oui, puis qui dit non. On est vraiment mal foutu, vraiment ! Alors, il faut vieillir, vieillir jusqu’à marcher avec une canne, pour ne plus pouvoir aller trop loin qu’avec les yeux du coeur vers le ciel ; jusqu’à n’avoir plus de volonté, pour ne plus pouvoir dire que cette parole : Fiat ! Cela, bien sûr, ne s’improvise pas. On est si mal foutu ! ce n’est pas évident de redresser une jeune plante quand elle est tordue d’avance, pour qu’elle devienne une vieille plante bien droite à l’intérieur. Mais, je vais vous livrer mon secret. Il n’y a qu’une seule chose qui puisse nous enseigner à vieillir en grâce, l’arbre, la Croix ! Il nous faut naître d’en-haut. Voilà ce qu’enseigne l’arbre qui croît et qui porte du fruit, l’Arbre du Paradis.

-Mère, comment pourrais-je faire pour vieillir comme vous ?

-En prenant votre temps. Si paradoxale que cela puisse paraître, restez toujours jeune, et vous deviendrez une bonne vieille.

Les deux mères s’éloignèrent. J’étais couverte de fourmis, mais je ne les sentais plus. Je ne pouvais toujours pas me relever. J’étais sous mon arbre. Je me suis mise à le regarder autrement. Je me faisais l’effet d’un fruit qui venait de tomber. En fait, je venais d’être semée en terre pas ces propos qui m’avaient édifiée.

 

 

Soeur Marie-Benoît.

 

 

 

 

ÉGLISE SANS FRONTIÈRES

Après ses études au séminaire de Bordeaux ,

une année d'insertion à la paroisse du Bouscat

Chris GOMA a été ordonné prêtre le 8 août 2004

 à Pointe Noire au CONGO BRAZZAVILLE

     

    Dans une ambiance de fête joyeuse, de proximité familiale  

...  et  de solennité.

La liturgie souligne l'universalité

de la personne du Christ  et de l' Église

  capable de mettre en route et d'unir tous les hommes

 

quelles que soient leurs histoires et leurs cultures.

 

Lire dans l' Aquitaine n° 15   du 3 septembre 2004 page 19

" Chris GOMA  prêtre à Pointe Noire "  par Ph.  Oui, diacre.