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Loic de Pinieuxprêtre Spiritain

Après 30 ans au Sénégal auservice du Secteur de Cestas

 nous a quitté le 8 mars 2006:

son témoignage

 

 

 

Le Père François Lewden écrit du Bresil

Le 11 décembre 2005

Chers amis

La fin de l´année approche, c´est une bonne occasion pour envoyer quelques nouvelles et resserrer les liens d´amitiés tissés depuis de nombreuses années. Ce mois-ci en effet ça fait 24 ans que j´ai émigré pour le Brésil, ce pays de rêve et de misère em même temps.

Lors de mon passage em France, l´été dernier, j´ai vu que beaucoup d´entre vous sont maintenant reliés à internet; avec ceux-là, j´utilise maintenant ce moyen pour expédier cette lettre. Pour les autres, je continue par le courrier traditionnel mais si pami vous certains ont déjà um mail, vous pouvez bien sûr m´aviser pour la prochaine circulaire ou le dire à Josiane Bissières qui sera sûrement toute heureuse d´avoir um peu moins de travail pour l´expédition qu´elle fait depuis tant d´années avec beaucoup de dévouement!

Dans mon dernier courrier, je vous parlais de l´explosion de violence et surtout d´homicides à Belo Horizonte et en particulier sur le quartier où j´habite. Je vous avais laissés avec un bilan de 27 morts pour les 5 premiers mois de l´année; on en est maintenant à 70. Et toujours le même silence et la même impuissance des pouvoirs publics. La plupart des victimes sont des jeunes, des hommes em général, autour de 20 ans, provenant d´une famille destructurée , sans perspective d´emplois et cherchant dans la vente de la drogue une source facile de revenus.

Malgré cela tout n´est pas négatif : ces jours-ci en effet, on apprenait que pour la première fois dans l´histoire du Pays, l´espérance de vie a atteint 71 ans, soit une progression de 4 ans depuis 1993. La mortalité infantile recule aussi régulièrement: elle est maintenant en dessous de 30 pour 1000 et, dans les grands centres urbains comme Belo Horizonte, en dessous de 15; c est une preuve que peu a peu les conditions de vie et en particulier les services de santé s´améliorent. Malheureusement là aussi il y a un problème, c´est que les accidents de la route et les assassinats font baisser d´environ deux ans et demi l´espérance de vie de la polpulation masculine sur l´ensemble du Pays.

Revenant à la violence sur la favela, la difficulté est que les trafiquants sont de plus em plus nombreux et plus organisés. Avant il y avait em gros 2 bandes rivales qui se disputaient le terrain pour vendre la drogue. Maintenant il semble qu´il y a 3 ou 4 groupes, ce qui fait qu´il est beaucoup plus difficile d´arriver à ce qu´ils concluent entre eux un ‘cessez le feu’ quand leurs pertes em vies humaines deviennent trop importantes. C´est, je pense, la principale explication de cette augmentation si grande de morts en l´espace de 2 ans. Auparavant la moyenne annuelle tournait autour d´une dizaine. Les groupes ont maintenant des armes de gros calibres et même des mitraillettes. Récemment la police a découvert um stand de tir pour l´entrainement des ‘troupes’ à l´intérieur même de la favela! Afin d´amortir les bruits, tous les murs étaient, parait-il, recouverts de matelas.

Quand j´étais en France, beaucoup m´ont questionné sur notre Président da Silva, le fameux Lula, cet ancien tourneur qui, après 3 échecs, a réussi à gagner les élections à la fin de 2002. Il y a 6 mois, sa lente chute dans les sondages laissait prévoir qu´il avait peu de possibilités de songer à une réélection et je disais qu´à mon avis il avait déjà rendu um grand service au Pays car il avait permis à la gauche d´exister et avait ansi ouvert pour le futur des possibilités d´alternances du pouvoir qui n´existaient pas auparavant.

Mais en quelques mois beaucoup de choses ont changé au niveau économique: le PIB (Produit Interne Brut) a fait des bons spectaculaires, le chômage a fortement régressé, la balance des paiements est nettement plus favorable, etc. Est-ce dû à la compétence de son équipe ministérielle ou à l´évolution de la situation internationale, en particulier à la chute du dollar, je n´ai pas compétence pour répondre; toujours est-il qu´il est fortement remonté dans les sondages et qu´arrivé à la moitié de son mandat, il apparaît maintenant avec de fortes possibilités de rester au pouvoir 4 ans de plus. Même si l´économie a l´air de se porter beacoup mieux, le défi des inégalités sociales reste le même. Sur ce terrain là, il n´a jusqu´à présent pas fait mieux que ses prédecesseurs malgré sa bonne volonté. Le système politique est tel que pratiquement il est impossible d´avoir une majorité claire au Sénat ou à l´Assemblée et les groupes de pressions de ceux qui ont des privilèges sont extrêmement puissants. Les plans sociaux lancés par le gouvernement en particulier pour combattre la misère et donner des emplois aux jeunes ne sont guère efficaces jusqu´à présent, minés surtout par la corruption toujours fréquente ici, bien qu´elle ait énormément diminué ces denières années.

Un exemple spectaculaire de cette évolution apparaît dans l´administration publique. Je ne sais si vous vous souvenez des circulaires que je vous écrivais il y a une vingtaine d´années : je vous disais à l´époque que régulièrement à la fin de leurs mandats, les maires partaient avec la caisse et laissaient piller le patrimoine municipal, voitures, machines à écrire, meubles,etc ; et cela se passait em toute impunité. Aujourd´hui, au moins dans la région sud-est où j´habite, c´est de plus en plus rare et en général, ils sont condamnés même quand ils commettent des irrégularités durant leur mandat; au cours de ces quatre dernières années, environ 5% des maires ont ainsi été destitués. Il y a quelques mois, même un gouverneur d´Etat a ainsi perdu son mandat pour la première fois dans l´histoire du Brésil.

Malgré tout il y a encore beaucoup à faire comme le montre l´exemple de Unaí, une petite ville à environ 800 kms de Belo Horizonte. Là un grand propriétaire terrien se trouvait en prison pour avoir fait assassiner 5 contrôleurs du travail. Il a eu le droit de se présenter aux élections municipales du mois d´octobre dernier car il est encore en attente de jugement...et il a été élu maire avec 73 % des voix ! Avant son procés, il est maintenant en liberté provisoire et il paraît que légalement rien ne s´oppose à son installation le premier janvier. Les habitants sont bien conscients de sa culpabilité mais la peur de représailles directes ou indirectes de cet homme qui domine la région, les a fait voter pour lui.

Parlant de ces élections municipales dans le Pays, la gauche a confirmé as progression de ces dernières années comme d´ailleurs dans l´ensemble de l´Amérique du Sud. Mais le gouvenement a essuyé 2 échecs importants avec la perte de Saõ Paulo, de loin le principal centre économique du Pays et Porto Alegre, la ville qui a lancé le ‘Forum Social Mondial’ et qui était administrée depuis 16 ans par le Parti des Travailleurs (PT), le parti du Président Lula. Belo Horizonte est aux mains de ce même parti depuis 12 ans et lorsque je suis parti en France tout indiquait que le maire devait ici aussi être battu mais il a finalement été brillamment réélu sans doute à cause de l´amélioration de la situation économique dont je vous parlais plus haut et aussi grâce à un marketing politique excellent et très coûteux.

Ainsi les projets d´améliorations de la favela décidés depuis 4 ans et dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois risquent d´être encore retardés. Mais pour celle-ci il y a tout de même une bonne nouvelle, c´est l´école de formation professionnelle qui malgré des difficultés permanentes continue à donner d´excellents résultats. Avec l´Association des Habitants, nous avions entendu parler d´un prix qui devait récompenser des initiatives de promotions populaires et nous avons envoyé um dossier sans beaucoup d´espoir car il y a eu plus de 1200 concurrents sur l´ensemble du Brésil. Nous avons passé une première sélection au mois d´octobre et aujourd´hui nous venons d´apprendre que nous sommes parmi les 5 vainqueurs. Le prix permettra sans doute d´acheter uen bonne dizaine d´ordinateurs et d´augmenter le nombre de cours mais surtout par rapport à la population c´est un encouragement pour montrer qu´on peut faire autre chose que de ‘l´assistancialisme’ et qu´il y a moyen de sortir du cycle de la violence et de la drogue.

Notre nouvel évêque est toujours aussi actif et pressé de faire des réformes. Après 6 mois d´observation, il vient de changer toute son équipe et il espère d´ici quelques semaines avoir 2 auxiliaires. Ça va donc faire pas mal de sang nouveau et le diocèse en a réellement besoin. Mais pour le moment il ne me semble pas avoir le projet de modifier la structure des paroisses. Or celles-ci, à mon avis, atteignent difficilement les petites communautés de base que l´on trouve dans les banlieues ou les favelas. Em juillet prochain, notre état, le Minas Gerais accueillera la 11ème rencontre nationale des communautés de base. La prévision est d´environ 5000 participants. J´espère que ce sera l´occasion de leur donner um nouveau dynamisme.

Pour les 7 communautés que j´accompagne, pas de grandes nouveautés en ce moment, celle où j´habite depuis un an et demi continue à être la plus difficile et pour le moment je ne vois guère d´avancées. J´ai même le problème d´um groupe charismatique qui apparaît de temps en temps sans aucun dialogue avec le curé de la paroisse ou avec moi. J´essaie de leur dire que ce serait mieux de travailler ensemble mais pour le moment ce n´est pas évident bien que, jusqu´à présent ils n´aient guère plus de succés que moi.

Sur le secteur dont je suis le coordinateur depuis deux ans maintenant, peu à peu on voit des améliorations: les paroisses sont moins isolées; on travaille davantage ensemble surtout au niveau des laïcs; avec les prêtres, c´est plus difficile car toute leur formation les a préparés à se débrouiller tout seuls mais au niveau amical avec eux ça se passe très bien et nous échangeons pas mal sur les difficultés que nous rencontrons sur le terrain.

Maintenant nous sommes en pleine préparation de Noël et en bilans et fêtes de fin d´année. Ensuite je vais me changer les idées en participant début janvier comme les années précédentes à la rencontre des délégués des missionnaires français en Amérique Latine. Cette fois-ci ce sera en Equateur. Ces voyages ne laissent guère de temps pour découvrir le pays où nous nous retrouvons, par contre ils sont très enrichissants pour connaître d´autres aspects de ce continent y compris au plan ecclésial.

Le thème de notre campagne de carême de 2005 sera ‘Heureux ceux qui promeuvent la paix’. Au milieu de ce climat de violences dans lequel je vis, et en pensant à beaucoup d´autres qui continuent à secouer notre monde, je vous souhaite malgré tout un très ‘Joyeux Noël’ car j´ai la certitude que Celui qui est à l´origine de cette fête, même s´il est bien oublié aujourd`hui, continue à planter des semences de ce monde différent et meilleur que nous désirons tous.

François

Lettre du Père Antoine Guérin

14 décembre 2005

 

Mes chers amis et amies.

Cette courte lettre annuelle veut vous dire que bien qu’étant loin de vous, je communie à ce que vous vivez : épreuves de toutes sortes ; joie de vivre et d’aimer ; recherche du sens de la vie, de la mort et de la souffrance ; engagements divers pour que ce monde si troublé soit plus juste et plus fraternel.

 

Cette année a été bien préocupante ici au Brésil. Une grande vague de corruption de députés et ministres du gouvernement a été mise à jour, révélant que cette corruption a toujours existé. Les hommes et femmes politiques sont totalement discrédités par l’ensemble de la population. De plus le gouvernement du Président Lula qui avait suscité tant d’espoir a apporté bien des désilusions. Même si des projets sociaux aident des personnes agées et des familles pauvres, la politique économique suivie ne met pas le pays sur la voie d’un changement. Beaucoup de militants sont découragés, car ils avaient l’illusion qu’un gouvernement pouvait être capable de transformer les structures injustes... alors que Lula n’a pas de majorité au Sénat et à la Chambre de députés.

 

Je dois vous avouer que la misère est bien pesante non seulement pour ceux qui la vivent, mais aussi pour ceux qui comme moi se sentent si impuissants pour qu’elle disparaisse. Une femme vient de frapper à ma porte en me disant qu’elle et son mari sont trés malades et n’ont rien à manger. Le café, le sucre et le riz que je lui ai remis vont les soulager un peu, biensûr. Et aprés ? Je pense à Jéssica, cette adolescente de 14 ans que je viens de baptiser. Elle a régulièrement des hémoragies, car les tantes qui l’hébergent ne peuvent lui donner une nourriture suffisament riche. La communauté achète les remèdes indispensables et aide la famille avec des aliments. Et aprés ? Que de drames vécus ! À vue humaine on ne voit pas de changements possibles dans les années qui viennent.

 

D’un autre coté ce qui est bouleversant, c’est de voir la religiosité populaire qui est une sagesse, un moyen de résister, de survivre dans des conditions de pauvreté, de misère, d’injustice, d’exploitation, d’humiliation. C’est aussi une réponse aux angoissantes questions de l’existence humaine: la vie, la mort, la maladie, l’injustice, le racisme. La religiosité est un peu comme la philosophie des pauvres. Cette sagesse faite de joie de vivre, d’humour, de sens de la fête permet à ces masses entassées dans nos banlieues d’affronter l’injustice permanente de l’exclusion sociale. Quelle leçon donnée aux sociétés opulentes qui pensent que le bonheur est surtout le fruit de la consommation effrénée. Quelle force de résistance qui pourrait redonner espoir à tous les exclus de la terre !

 

Dans le quartier où j’habite, j’essaie d’aider à la formation d’une communauté chrétienne. Il faut y donner beaucoup de temps et accepter que les évolutions soient lentes. Petit à petit, des personnes prennent des responsabilités et la Communauté grandit. Il a même fallu augmenter la chapelle ! Dans l’ensemble de la paroisse, comme dans les retraîtes de laïcs ou de prêtres que j’anime, j’essaie de transmettre ce qui me fait vivre : la connaissance du Christ, source de toute espérance.

 

Ici, c’est l’été. On transpire à grosses gouttes. Mais les sapins en plastique qui ornent les magasins sont recouverts de neige...artificielle. Les Pères Noëls à la barbe blanche et la lourde pèlerine rouge, incitent à la consomation. Les marchands ambulants ont envahi les rues pour vendre jouets et autres cadeaux. Exacerbation de la consommation ! Frustration de ceux qui ne peuvent que regarder  ! Et puis, il y a ceux qui n’oublient pas Celui dont nous fêtons l’anniveraire de sa venue parmi nous. Dans les rues ou les maisons des personnes se rencontrent pour lire l’Évangile et y découvrir la Bonne Nouvelle de Jesus. On réunit aussi des aliments pour partager avec les familles les plus démunies.

 

Je vous souhaite à tous de vivre ce Noël en accueillant la tendresse de Jesus-Christ pour la partager avec ceux qui vous entourent. Je vous souhaite aussi de commencer l’année nouvelle en croyant fermement que pour notre Dieu, RIEN N’EST IMPOSSIBLE ! Je vous assure de mon amitié et de ma prière.

Antoine Guérin

 

 

 

Les Voeux du père Pierre Lam Minh de HONG KONG

Chers Amis,

 

L’Avent est déjà bien engagé, Noël approche. Que la venue du Christ vous apporte la Joie et la Paix.

Je suis toujours au Séminaire et à la Paroisse St. Pierre dAberdeen, mais je suis un peu soulagé, car, depuis juin, nous avons un jeune vicaire en plus à la Paroisse. Cela me permet d’être davantage présent au Séminaire et d’aller de temps en temps en Chine continentale.

 

Depuis le 1er juillet, Hong Kong a un nouveau Chef executif, M..Donald Tsang. Cest un catholique fervent. Il est plus populaire que son prédecesseur. Mais ces jours-ci il est de nouveau affronté à un problème politique : la modalité des futures élections du Chef executif et de lAssemblée Législative. Pekin a peur du "suffrage universel" que demandent les habitants de HK. Cela a provoqué, une fois de plus, une grande Manif début décembre. Ces-jours-ci, lOMS tient sa Conférence à HK. Beaucoup dagricuteurs (de Corée, dIndonésie, dAfrique,.... et même de France, y compris José Bové) sont venus manifester et protester. Quant à nous, nous pouvons crier comme le Prophète Isaïe : " Que les cieux distillent la rosée, que les nuages répandent la justice, que la terre s’entrouvre, et que le salut s’épanouisse. "(Is 45,8)

 

  Au cours de l’année, je reçois vos lettres, vos cartes postales, vos cartes de voeux.... je vous remercie. Continuons de rester unis les uns aux autres par la prière.

Joyeux Noël et Bonne Année

 

Pierre Lam Minh

Hong Kong le 15 decembre 2005

 

 Père Guy Archambeau ( Indes)

Guy Archambeaud, s.j. Loyola College Residence P.B. 3301, Chennai 600 034 Inde.

guyarch@loyolacollege.edu

 

A Vous Tous

Bon Noel 2005 et Bonne Annee 2006

Chers

 

Tout d’abord, mes excuses a tous ceux qui n’ont pas recu ma lettre circulaire l’an dernier; des ennuis de sante – debut de Parkinson, prostate, pression arterielle et des problemes de digestion deja commences il y a quelques annees a Shembaganur – m’ont fait passer Noel et Nouvel An a l’hopital et ce n’est qu’en Fevrier, après 1 ou 2 autres passages a l’hopital que j’ai pu envoyer a quelques uns les textes prepares en Decembre! Pour en finir sur ce chapitre, je puis dire que maintenant tous ces problemes sont stabilises a coups de remedes. Donc, meme si je peine un peu en descendant lentement les escaliers parce que mes genoux grincent un peu, je porte assez allegrement mes 80 ans. Donc, pas de soucis de ce cote.

 

Apres trois annees de secheresse, le pays Tamoul vient de recevoir une serie de 5 "depressions dans la ‘Baie" (du Bengale) – en tout, plus de 2 metres de pluie enregistres en moins d’un mois et demi -- qui ont fait plus de 400 victimes, coupe des ponts, routes et lignes de chemin de fer, oblige des dizaines de milliers d’habitants dans Madras meme et centaines dans le pays Tamoul (surtout mais pas seulement des bidonvilles) a etre evacues ailleurs, noye des cultures en train de murir; et bien des etangs dont les berges se sont ecroulees vont trop tot se trouver presque a sec. Dans tout cela Loyola College n’a eu de degats que lorsque, durant la 3eme ‘depression’, la foudre est tombee au milieu de la nuit sur la fleche de notre eglise, a brule le systeme electrique de celle-ci ainsi que quelques appareils de TV et ordinateurs dont le mien, maintenant repare. Maintenant je m’habitue a enlever la prise de courant de mon ordinateur tous les soirs!

 

Mon sejour a Loyola est aussi interessant que je l’avais trouve l’an passé; en bref, pour ceux qui ne m’ont pas lu l’an passé, les 375 enseignants (dont 28 SJ) ont en face d’eux 7431 etudiants dans un tas de departements repartis sur Colleges du matin et du soir et cours ne recevant aucune aide de l’Etat. Tres recemment, le College a recu le titre de "College avec Potentiel pour Excellence"accompagne d’une somme de plus de 20,000 euros, qui va servir a monter des nouveaux laboratoires pour les langages, l’ecologie et les recherches en informatique, Nous avons aussi des Instituts de Recherches doctorales ou post-doctorales sur l’Entomologie –qui cette annee a obtenu une patente pour une decouverte – les Nouvelles Energies, le Dialogue Culturel et Religieux et enfin un ‘Business Institute’ qui a un cours complet de deux ans, et aussi de nombreux ‘cours’ sur certains aspects des affaires; Tout cela co-existe avec une ferme-laiterie dans un tres grand terrain bien boise. aux bords de chaque allee. Meme en laissant de nombreux terrains de jeux, y compris un pour le cricket, il y a encore bien de la place pour de nouveaux batiments. En fait, un nouvel ‘hostel’ de 130 chambres individuelles vient d’etre inaugure pour les etudiants de LIBA (les affaires) et les rechercheurs dans les autres Instituts. Les etudiants commenceront a y loger a leur retour des vacances de Noel (un autre hostel pour les etudiantEs est deja prevu). Cela explique qu’en plus des reunions de fin d’annee, des distributions de diplome ou des competitions sportives et culturelles il y a souvent a Loyola des ‘seminars’ regionaux, nationaux ou meme internationaux qui tous commencent avec une inauguration a laquelle les Peres sont invites. Pour ces inaugurations, un ou deux specialistes president et font des discours que j’ai souvent trouves tres interessants. Cela me sert de ‘formation permanente’ et aussi me change de la traduction sur ordinateur des lettres de missionaires entre1838 et 1920 qui sera ensuite envoyee aux archives. Et je trouve ces debuts de la Nouvelle Mission du Madure tres interessants et contenant des lecons pour nous aujourd’hui.

 

Entre tous les hommes de marque entendus cette annee, j’en choisis deux: Mr. Damodaran, charge par le Gouvernement Central de surveiller la marche des affaires commerciales et des Bourses; ancien de Loyola dans les annees 50’s. il est venu juste apres sa nomination; exprima l’importance de la ‘formation Jesuite’ dans sa vie et une phrase de la Mere Therese qu’il avait aidee pour une nouvelle fondation: ":Dieu sera toujours avec vous". Puis il declara son but, -- de mettre des valeurs eternelles dans le monde de la finance et des affaires; et declara que toutes les compagnies devraient avant le 31-12-05, sous peine de sanctions serieuses, nommer deux Directeurs "externes", etrangers a la compagnie et a la famille fondatrice. Il a en effet promulgue ce decret et en a souligne l’importance; de plus, il a mis a la porte onze courtiers de la Bourse de Calcutta pour la maniere par laquelle ils s’enrichissaient.. Le deuxieme et encore plus importantr orateur etait le President de la Republique Indienne, Dr.. Abdoul Kalam, Musulman dont le pere etait ami du pretre en charge d’un important temple Hindou tout pres de son village; il a fait ses etudes secondaires chez les Protestants et Universitaires a notre College de Trichinopoly; devenu un des plus importants savants de l’Inde et reste ‘vieux garcon’ sans en avoir l’esprit, il a une maniere tres personnelle de vivre sa Presidence; ainsi; il invita a son ‘inauguration’ quelques officiels et etudiants de Trichinopoly (son ancien College) ainsi qu’un groupe d’enfants handicappes. Et, partout ou il voyage, il desire avoir en une ou deux institutions un dialogue avec des etudiants. Ceux-ci doivent lui envoyer a l’avance une liste de questions et, après avoir donne ses idees sur le travail {"Ne cherchez pas un emploi, mais devenez entrepreneurs et fondez de nouveaux emplois" et aussi le besoin d’un accord entre la Science et les religions) il repond a 4 ou 5 questions; il dit le nom de celui qui a ecrit cette question; celui-ci la repete, et il y repond, toujours avec humour et profondeur

 

Revenons a mon agenda pour 2006. Le 23 Mars 2006 sera le cinquantaine anniversaire de mon ordination a la pretrise. Avec le Pere Recteur nous avons decide que, pour eviter la saison du Careme, ce "Jubile d.Or" sera celebre le dernier Dimanche avant le Careme, le 26 Fevrier 2006. Les precisions viendront plus tard mais si cela vous est possible, vous etes invites a nous joindre ou a vous unir de loin a ma Joie et Action de Graces. Pour ceux qui comptent venir, priere de me le dire en avance. J’ai a ma disposition sept chambres-pour-deux dont quatre sont climatisees, et il y a une bonne cantine tout pres. Le premier a s’annoncer sera le premier servi. Si vous preferez un hotel, je peux donner des addresses de bons hotels pas trop chers et proches de Loyola...

 

Vous connaissez par mes lettres precedentes le bon travail de PEAK parmi les opprimes (Dalits) et aborigenes des montagnes autour de Kodaikanal. Ce travail se multiplie: les trois pensionnats etant pleins, PEAK paie les depenses de 40 jeunes pour les etudes secondaires ou meme universitaires dans la plaine; malheureusement plusieurs groupes qui avaient envoye a PEAK une forte aide financiere pendant plus de 15 ans, se declarent maintenant incapables de continuer; aussi le Directeur Jesuite de PEAK me supplie de continuer a les aider; et cela depend surtout de ce que vous etes capables de faire pour eux. Mais en meme temps, a Loyola aussi, il y a des besoins urgents; cette annee avec ce que j’avais recu lcette annee j’ai commence a payer toutes les depenses d’un jeune Dalit qui prepare une License en Biotechnologie, un departement pour lequel aucune aide ne vient du gouvernement mais qui peut lui ouvrir de meilleurs employs. . Le village de ce jeune homme est entierement Dalit and toutes les familles sont des ‘bonded labourers: ils ont du emprunter a un usurier avec interet de 12% par mois. Comme ces pauvres gens sont souvent incapables de payer meme les interets, ils deviennent pratiquement les esclaves de l’usurier; c’est illegal, mais les roues du progres social en Inde ne roulent pas vite. De plus, lorsque ce jeune homme au caractere excellent – qui est le premier dans son village a faire des etudes universitaires -- m’a dit qu’un mur de leur masure etait tombe, je me suis senti oblige de donner de l’argent pour les reparations necessaires; resultat, je n’ai pu payer ses depenses que pour la moitie de l’annee universitaire; comptant sur vous, j’ai promis que le reste viendrait plus tard, ainsi que les frais pour la deuxieme annee. Le cout total d’une annee dans ce departement, est d’ environ deux mille euros.

 

Je serais fort heureux si grace a vous je pouvais aider ce jeune a finir ses etudes avec de bonnes chances d’ameliorer la situation de sa famille. En meme temps, combien d’autres demandes genuines me sont faites d’aides partielles auxquelles je voudrais mais ne peux pas repondre. Et, j’ai juste rappele les besoins de l’equipe de PEAK pour continuer son tres bon travail en faveur des villages et des jeunes qu’ils ont pris en charge Au nom de tous ces jeunes de Loyola et de PEAK, je vous prie de m’aider si possible. A mon age c’est tout ce que je puis faire pour ces .nombreux jeunes.

 

 

Ma lettre est deja bien longue mais j’ai encore quelque chose a vous dire. Cet Ete je me propose a venir en France, probablement dans les premiers jours de Juin aux premiers jours de Septembre. Ma presence est deja retenue pour quelques dates. Je voudrais bien vous rencontrer tous, mais ne puis rien assurer. Je vais faire un plan avec mes freres et soeurs et vous en ferai part a temps. Pour cela, il me faudrait votre adresse electronique avant mon depart de France et le numero de telephone pour mon usage en France..

 

Il me faut encore la permission du gouvernement Indien pour revenir en Inde, -- permission sans laquelle je ne pourrais pas sortir de l’Inde, ou ma mission et mon travail sont, tandis qu’en France je me sentirais dephase pour quelque ministere que ce soit. Si vous desirez beaucoup mon arrivee en France, vous devrez donc prier pour m’obtenir ce visa de retour..

 

 

Encore une fois, mes meilleurs voeux!

 

Guy Archambeaud, s.j.

 

 

 

 

P,S, Si vous avez une adresse electronique, priere de vous en servir jusqu’a mon arrivee en France; En France, je me servirai uniquement du telephone.. Mon adresse electronique est au debut de ma lettre.

 

Pour ceux qui desirent aider les jeunes Indiens, voici les moyens de m’envoyer ces dons:

Cheques Bancaires: Destinataire: O.M.C.F.A.A., sous enveloppe adressee a

"Service Jesuite International, 42 rue de Grenelle 75343 Paris Cedex 07

Cheques Postaux: O.M.C.F.A.A. sans numero

Dans les deux cas: Priere de donner mon nom (je ferai le partage entre les deux )

Vous recevrez de Paris un recu pour reduction d’impots.

 

 

Père Gérald Vogin ( Cambodge)

chronique n° 16. nouvelles de l'année 2005. gérald vogin

 

Cher(e)s Ami(e)s, cher(e)s Parents,

 

 

Avant toute autre considération, je voudrais vous souhaiter une Bonne Année 2006, pleine de cette paix et de cette harmonie si chères aux Asiatiques. A la crèche de Noël, j'apprends que Dieu veut sauver l'Homme par l'homme. Le premier, Il a initié ce mouvement en Jésus son Fils. Aujourd'hui, Il nous associe à son oeuvre, et en elle nous trouvons notre accomplissement personnel et communautaire, notre divinisation comme dirait Saint Irénée. Voilà la toile de fond de mon ministère et de ma vie. Je prie pour que ce soit aussi la profondeur de la vôtre tout au long de cette année 2006.

 

Depuis que j’ai débuté mon ministère pastoral, j’ai cherché à le centrer autour de quatre pôles, donnés par les quatre orientations de l’Eglise au Cambodge : une Eglise khmère (1), une Eglise responsable (2), une Eglise avec les pauvres (3), une Eglise en dialogue avec les religions (4).

 

Le premier point (1) tourne autour de la khmérisation de la vie de l’Eglise. J’essaye partout dans mes paroisses d’inviter les gens à réfléchir sur la liturgie et l’expression de la foi pour qu’elles correspondent au sentiment religieux des Khmers. C’est très important car les étrangers sont en majorité dans l’Eglise. Il faut aider les chrétiens à construire leur fierté. Plus que cela, je cherche aussi une manière de vivre en Eglise qui soit adaptée au pays, à ses traditions religieuses, à sa culture, à ses défis, et à ses populations. J'ai en projet depuis quelques années de réaliser un lieu de calme et de silence qui puisse aussi être un lieu où tous bouddhistes et chrétiens pourraient se retrouver.

 

La responsabilité (2) se vit surtout à travers la participation des conseils de paroisses à la mission de l’Eglise. Celle-ci existe quand les chrétiens se rassemblent par eux-mêmes pour prier le dimanche, et quand ils partagent leurs ressources pour aider les plus pauvres. Je suis en général strict sur ces deux points. Pour moi, il me faut apprendre à partager mon pouvoir ministériel avec les gens. Le prêtre n’est pas celui qui fait tout.

 

L’aide envers les pauvres (3) est ce qui saute de suite aux yeux de tous, au point que l’Eglise peut paraître parfois comme une ONG. Dans mes paroisses, cela s’exprime par diverses actions comme le soin aux malades indigents, une banque d'épargne et de micro crédit, et quelques interven-tions dans le domaine du développement rural (c.f. partie suivante). Ces actions sont menées par les gens eux-mêmes, et à leur instigation.

 

Enfin le quatrième point (4) tourne autour du dialogue avec les autres composantes de la société, notamment le dialogue interreligieux. A Kompong Cham, il s’est orienté principalement dans l’œcumé-nisme avec les Eglises protestantes (au nombre de 15 dans notre ville). Depuis fin 1997, une fois par mois, les leaders de chacune d’entre elles se réunissent pour partager sur la vie de leurs communautés, et tous les fidèles sont invités à une prière commune. Nous avons aussi un cimetière commun à tous.

 

ientôt nous allons redémarrer le groupe de réflexion pour les couples mariés avec l’aide de Jean-François et Myriam, qui ont fondé une organisation pour soutenir la vie maritale. Depuis fin 2001, 5 couples khmers de différents villages ont participé à ces rencontres mensuelles d’une demi-journée pendant trois ans, la première année autour du thème de " Se Connaître Soi-Même ", la deuxième année sur " la Vie du Couple ", et la dernière sur " la Famille et la Société ".

 

Années

Catéchisés adultes

Catéchisés adolescents

Catéchisés enfants

Nombre de baptisés

Total membres

1997

16

0

0

1

17

1999

33

26

20

4

87

2005

35

37

20

26

118

2006

-

-

-

37

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oh Roka est un village comme tant d'autres au Cambodge. Il est situé sur les rives du Mékong à environ huit kilomètres en aval de Kompong Cham, dans la préfecture apostolique du même nom. La population compte 130 familles soit un peu plus de 700 habitants. Les ressources sont principalement tirées du maraîchage. Quelques familles riches possèdent une moto, un téléviseur et un certain niveau de vie. La plupart cependant tirent le diable par la queue. Une bonne vingtaine vit presque dans la misère, s'employant comme manoeuvre ou journalier pour un gage de 6000 Riels par jour soit un dollar et demi. Ces familles comptant une moyenne de 4 à 5 enfants, s'il y a deux salaires cela fait trois dollars à se parta-ger entre, mettons, 6 membres, soit un demi dollar par personne. La majeure partie de ces foyers très pauvres sont en fait monoparentaux, c'est-à-dire que le chef de famille est une femme seule.

 

L'Eglise à Koh Roka

 

L'histoire de la communauté catholique a commencé, en 1995, par une femme malade, la grand-mère Him. Ayant épuisé les recours dont elle disposait pour se soigner sur place, une autre dame, madame Thuok, lui proposa d'aller à Phnom Penh et de rencontrer une chrétienne qu'elle connaissait, Madame Suon. Celle-ci qui était membre du comité d'entraide de la paroisse catholique de la ville accepta de l'aider. C'est ainsi que la vieille Him rentra guérie et étonnée de ce que des gens qui n'étaient pas de sa parenté aient pu lui porter secours. S'étant renseignée, elle découvrit qu'une église existait à Kompong Cham la ville voisine. Après avoir pris contact, elle émit le désir d'être éduquée dans la "religion du Christ" : bientôt un groupe se joignit à elle. C'est là le noyau d'origine de cette communauté. Depuis 25 personnes ont été baptisées et une dizaine le seront encore cette année. Il y a actuellement des chrétiens, des catéchumènes ou des personnes catéchisées dans 49 familles sur 130. 35 adultes sont en formation ainsi que 37 jeunes. Le succès de Koh Roka est un petit miracle ! Est-il possible d'en percer le mystère ?

 

L'analyse de cette naissance

 

le bonheur d'être ensemble

 

Tout d'abord ce qui frappe le visiteur qui rencontre cette communauté, c'est le bonheur que ces gens ont d'être ensemble. Cette joie est devenue au fil des années la raison principale de leur engagement chrétien à la suite de Jésus Christ. Un jour, deux grands mères m'ont demandé la permission de continuer à participer à la vie de la communauté, tout en restant bouddhistes. A ma surprise, elles m'ont répondu qu'elles aimaient venir à l'Eglise parce que c'était un lieu qui leur donnait beaucoup de bonheur. Cet aspect est certainement le plus important : la communauté catholique est un espace de dialogue et d'écoute. C'est aussi un groupe qui valorise ses membres: la plupart des catéchumènes sont des femmes seules veuves ou divorcées. Cette situation maritale ne leur offre qu'un statut très déprécié. Ici elles trouvent support et dignité. Si nous distribuons quelques aides économiques de temps en temps, plus que cela, elles retirent chaque jour de leur participation à la vie de la communauté un antidote psychologique et spirituel à leur discrimination et à leur pauvreté.

 

un catéchiste respecté

 

Le deuxième point qui peut frapper le visiteur est la personnalité du catéchiste responsable, Sokhun. C'est un homme de 39 ans, marié et père de bientôt 6 enfants. Sa famille fait partie des notables du village. Son père est le maire d'une commune voisine. Lui-même est agriculteur. Il a été baptisé à Pâques 2000. Depuis son intelligence, sa gentillesse, ses compétences et sa foi l'ont désigné comme le leader naturel de la communauté. Les catéchistes sont formés à la transmission de la foi, mais aussi à recevoir leurs responsabilités avec humilité : il arrive trop souvent qu'ils finissent par se gâter en prenant un pouvoir et une ascendance sur les gens. Ceux-ci deviennent ses clients, car ils comprennent qu'il a le pouvoir de faire affluer toute sorte d'avantages par ses relations avec des étrangers.

 

le désir de rester Khmer

 

Pour tous au Cambodge, l'appartenance à la nation khmère est d'une importance sacrée. Le nationalisme est très vivace et souvent excessif, mais c'est une donnée à laquelle on ne peut pas échapper. Notre rapport avec la population est souvent teinté par cette dimension et notre soucis de nous inculturer au monde khmer entre directement en phase avec cette blessure de la psyché cambodgienne. A Koh Roka, il est clair que les catholiques souffrent de leur étiquette chrétienne : d'une certaine façon, ils sont en dehors de la communauté nationale. Et on le leur fait sentir. Ceci les motive pour rechercher une façon khmère d'être chrétien. C'est d'autant plus extraordinaire que nous sommes, eux comme nous, to-talement novices en la matière. Qu'est-ce qu'une Eglise khmère ? Ça n'existe pas encore vraiment ! Mais il y a déjà des essais de réponses, dans les domaines de la liturgie (par ex. les fêtes du Pchum Ben et de Nouvel An, le culte des ancêtres), des responsabilités partagées par les comités (au Cambodge, les laïcs aiment s'investir dans la sphère religieuse), de l'art sacré (stupa, chemin de croix, décoration), de la "préférence pour les pauvres", du dialogue interreligieux et de la façon d'être en général de la communauté.

 

une réponse adaptée au besoin des gens

 

Le visiteur attentif notera encore le dynamisme de cette communauté et son investissement dans les divers domaines de la vie du village et des gens. Bien sûr, elle est aidée dans sa tâche par l'église universelle. Je pense que c'est le plus du christianisme et sa différence. C'est une religion proche des préoccupations quotidiennes et qui propose des réponses concrètes face aux besoins de la vie moderne comme par exemple l'éducation, la sexualité, le rôle de la femme et de l'homme, la place de l'enfant, les droits de l'homme, l'économie, la science, les relations avec la nature, le dialogue inter-religieux, etc. Nous venons juste d'inaugurer l'école de Koh Roka et le gouverneur du district était présent. Il nous a félicité rappelant que nous chrétiens nous ne parlons pas seulement de la religion mais nous la mettons en oeuvre.

 

une bonne intégration

 

Les éléments précédents font que la communauté chrétienne est bien reçue et bien perçue par la plupart. Le directeur de l'école envie notre succès auprès des jeunes. Il se rend compte que notre manière d'éduquer porte beaucoup de bons fruits alors que beaucoup de parents et d'éducateurs sont finalement très démunis face à la jeunesse. A plusieurs reprises, nous avons été invités à prier lors de funérailles : on nous a laissé le micro pour environ une heure, le temps de psalmodier, de chanter et de lire un passage de la Parole de Dieu et de le commenter. Notre présence n'est contre personne : elle est pour tous une occasion de conversion : pour que les bouddhistes soient de meilleurs bouddhistes et les chrétiens de meilleurs chrétiens.

 

un problème malgré tout : l'exode rural.

 

Le problème majeur auquel nous avons à faire face est l'exode rural. Sur plus de cent personnes nous avons perdu une quarantaine de membres partis travailler à Phnom Penh, soit une vingtaine de baptisés et une vingtaine de catéchisés. Comment maintenir cette population dans le village. Nous venons donc de lancer divers projets : un programme agricole pour 5 familles de veuves, deux jeunes, Vandy et Phaline intégrés comme maîtres de maternelle à l'école, et bientôt si c'est possible divers programmes d'élevage. Avec cela, il faudrait avoir des jeunes adultes qui puissent se spécialiser dans le développement rural pour aider la population sur place.

 

e qui est extraor-dinaire dans l'expéri-ence de Koh Roka, c'est le bouillon-nement permanent de cette communauté qui nous entraîne souvent sur des chemins nouveaux. Elle "fait de l'incul-turation" comme ce brave Monsieur Jourdain parlait en prose sans le savoir. Néanmoins, dans le contexte actuel et à venir, elle est une sorte de laboratoire.

Avec toute mon amitié !

Vive la joie !

Gérald

 

 

 

Nouvelles de la Mongolie

Le Père Pierre PALUSSIÈRE de la Paroisse de PESSAC est mis à la disposition du diocèse d'Oulan - Bator en MONGOLIE pour l'année pastorale 2004 - 2005.

 

L'  ÉGLISE DE MONGOLIE :

 la plus jeune Église catholique de la planète

à 8000 km du centre de la chrétienté

     Les premiers missionnaires catholiques sont des Congolais, des Philippins, des Coréens, des Indiennes aussi   ( Missionnaires de la Charité) .

     Pendant que l' Europe s'interroge sur son  "héritage chrétien", ses héritiers les plus récents sont partis à la découverte d'un  autre monde.   La nouvelle frontière de l'  Évangile passe par la Mongolie : 250 fidèles pour 2,5 millions d'habitants.

     Église née le 10 juillet  1992,   le jour où le 1er missionnaire est arrivé à Oulan-Bator. Rome a décidé de confier l'évangélisation de la Mongolie à la congrégation du Cœur Immaculé de Marie( CICM ), parce qu' au XIXème siècle ces religieux - alors belges - avaient été les premiers à évangéliser les Mongols, œuvrant sur une partie du territoire aujourd'hui située en Mongolie Intérieure, donc en terre chinoise. A cette congrégation appartiennent notamment le nouvel évêque de Mongolie ( ordonné en 2003 ) et les missionnaires congolais. A l'été 2003, ils étaient 39 missionnaires. Modeste, humble, l'Église a tenté une certaine visibilité  en construisant une cathédrale en forme de yourte  géante à l'entrée de la ville d'Oulan Bator. Les catéchumènes ne manquent pas. La communauté bouillonne de sa jeunesse.

 

 ET ...   POUR RAFRAÎCHIR NOTRE MÉMOIRE..

LA MONGOLIE

 

 

Population : 2,5 millions d'habitants pour 1,5 millions de km² ( 3 fois la France )

Langues parlées : le mongol ( khalkha ) et le bouriate

Religions : persistance d'une culture bouddhiste longtemps dominante qui se superpose à des croyances chamaniques très vivaces. L'islam (  5 à 8 % de la population ) est bien implanté parmi les Kazakhs qui habitent l'ouest du pays. Les chrétiens, catholiques et protestants, ne sont que quelques centaines, surtout à Oulan Bator.

Économie : élevage (moutons, chèvres, chevaux)

Exportations : cuivre, cachemire

 

 

 

 

 

TÉMOIGNAGE du PÈRE LOÏC de   PINIEUX,

prêtre de la Congrégation du  Saint-Esprit

qui a vécu 30 ans de mission au Sénégal

Qu’est-ce qui a été à l’origine de ce départ ?

       C’était un désir de jeune que je voulais réaliser et la mission permettait pour moi qui voulais être prêtre de créer une mission au Sénégal à la frontière entre    la   Guinée et le   Sénégal, en territoire neuf. L ’ évêque m’a demandé  d ’ouvrir une mission et cela permettait d ’ épanouir mon désir de jeunesse.

       J ’ai fait mes études en France bien sûr, comme tout missionnaire, et je suis parti en 1969. J ’ai fait quelques années dans une mission provisoire et  l ’ évêque m’a demandé d ’ ouvrir une mission dans une population qui était de religion traditionnelle.

       Les populations au fin fond de la brousse avaient entendu parler de Jésus-Christ par des jeunes qui étaient allés dans les villes. Et les populations désiraient connaître la religion catholique parce qu  ’  ils vivaient dans les religions traditionnelles ce qu ’on appelait les religions païennes : ils sentaient bien les limites dans lesquelles les croyances les maintenaient et ils on trouvé dans la religion catholique un épanouissement de leur recherche et de leur connaissance de Dieu.

  La religion traditionnelle n   ’ était-elle pas liée aux fétiches, aux sorciers… qui avaient une influence sur les gens et même qui les menaçait, qui leur faisait peur ?

       C ’ est l ’ homme qui est à la recherche de Dieu donc, il se cantonnait dans les esprits des ancêtres avec les sacrifices et ce n  ’ est pas qu ’ ils en avaient peur mais c’est tout ce qu’ils avaient pour les aider à vivre… Donc ils vivaient ces religions traditionnelles et par le christianisme, ils ont vu que    Dieu se révélait à eux, alors qu  '  eux  cherchaient  Dieu et ne le trouvaient pas.

     J ’ avais pressenti dans ma formation de missionnaire  ce qu ’ était de révéler, faire parler l’évangile  c’est à dire  «  Dieu parle directement aux hommes  »  et toute la base de ma catéchèse  :  c’est  Dieu qui a parlé aux hommes, c ’est Jésus qui parle . Et je me suis aperçu que les gens réagissaient comme du temps de Jésus, ils répondaient à la Parole et ils se convertissaient par cette Parole de Dieu, non pas par la parole de Loïc de    Pinieux !

  Quelles sont les Paroles du Christ qui les marquaient le plus ?

     Une Parole qui marque le plus les  Africains , c’est quand  Jésus  sur la   Croix demande pardon pour ceux qui le persécutent, le font mourir ;  c  ’ est  quelque chose qui vraiment, dans toutes les populations primitives, marque beaucoup : savoir pardonner.

  On parle beaucoup de l ’ importance des catéchistes !

       Puisque l ’ occasion m’est donnée de parler des catéchistes : je me rappelle une parole de Pie XII qui disait :

« dans une mission, mettez 5 prêtres et un catéchiste, il ne se passera rien ; mettez 1 prêtre et 25 catéchistes, il se passera quelque chose ! »    Et cela, je l’ai vécu, c ’ est vrai !

Les 25 catéchistes , il fallait les former, les entretenir, les visiter  …   C’est un travail assez prenant mais sans eux, je n  ' aurais jamais rien fait ! A tel point que je n ’ ai jamais fait de catéchèse. J ’ ai fait des catéchèses pour les catéchistes : j  ’  ai catéchisé et converti les catéchistes qui eux-mêmes allaient porter la Parole à leurs compatriotes. Donc moi-même, je n ’ ai jamais fait de catéchèse directe sauf des homélies, des sermons pendant les messes, mais le rôle des catéchistes est très très important. Et je pense que Rome est très sensible à cela parce que quand ils nous accordent des allocations financières chaque année, il y a une part assez importante pour la formation  des catéchistes.

  Est-ce qu ’ il y a encore des prêtres européens ou seulement des prêtres   autochtones ?

     La réponse est simple : les séminaires sont pleins ! et on refuse même des candidats… Donc la relève est assurée : même au point de vue spiritain    -  car je suis spiritain   –   il y a eu pas mal de missionnaires qui sont venus au Sénégal. Ils font un travail important : ils réalisent à leur manière l ’ évangélisation et la continuité de l  ’ évangélisation qui a été faite par les premiers missionnaires.

  Il y aura toujours besoin de prêtres européens . Dans le sens de l ’ universalité de l ’ Eglise : il y a partage  ;  ce sont des prêtres diocésains qui sont là-bas et il y a aura besoin de prêtres missionnaires qui les ouvrent et éveillent leur regard sur le monde entier : pour ne pas vivre en autarcie dans un diocèse, ils auront toujours besoin de pères étrangers, français ou d  ’ ailleurs pour les aider et pour maintenir ce charisme missionnaire.

 L  ’  Afrique ne sort pas des conflits ; en    Côte d '  Ivoire, au   Libéria, au  Congo… Alors les gens disent qu ' il faut désespérer

       Non !   Evidemment l ’avenir et ce qui se passe aujourd  ’  hui est un peu sombre et un peu pessimiste mais il y a une  chose qui m’a marqué, c ’ est il y a  2 ou 3 ans, dans beaucoup de pays d  '   Afrique, il y a eu des  Conseils qui ont été établis pour ramener la paix. Et très souvent, il y a eu un évêque qui en a été le président. Donc les    Africains sont sensibles au pouvoir de l  ’   Eglise et au pouvoir de l  ’   Evangile et je dirais de  Dieu :   Dieu peut amener la    Paix. Et de nombreux membres du clergé ont été dans les symposiums pour la   Paix.

 

  Comment voyez-vous l ’ Eglise de France aujourd  ’  hui, 30 ans après ?

     Pour moi, cela a été une découverte parce que j ’ ai été  30 ans au  Sénégal. Je revenais tous les 3 ans en congé, passer 2 ou 3 mois mais on n  ' est pas en lien avec l ’  Eglise de  France, on ne la connaît pas.  Et depuis 2 ans, maintenant que je suis inséré dans une communauté à  Cestas tout près de Bordeaux, je découvre l  ’   Eglise de France et je découvre toutes ses richesses : elle est missionnaire sur place. Et il y a beaucoup de belles choses qui se passent.  On ne peut pas faire de comparaison entre l   ’  Eglise de  France et l  ’ Eglise d ’ Afrique : toutes les deux ont leur valeur, toutes les deux s ’ expriment et vivent à leur manière et avec leur richesse. Il n ’ y en a pas une plus grande que l’autre et c ’ est le même idéal qui est vécu.

Bien souvent des gens me disent :  ‘ oh ! vous devez regretter l ’  Afrique ! ‘

Je dis : ‘ Non ! Je ne regrette pas l ’  Afrique ! ’ C’est une page qui est tournée. C ’ est une vie que j ’ ai vécue, mais c ’ est une autre vie que je vis, et j   ’ en apprends encore !

Vous dîtes que l ’  Eglise de  France vit des richesses : c  ’ est un langage qu’on n’entend pas toujours dans notre   Eglise où on a plutôt tendance à être pessimiste ; alors quelles richesses y voyez-vous ?

       Je vois tous ces laïcs qui sont dans les communautés chrétiennes, engagés à tous les niveaux. Si on voit le nombre de laïcs engagés dans une paroisse comme Cestas, qui remplissent des rôles pour la charité, pour différents services de la catéchèse, il y a une foule de personnes ! Et je trouve ça admirable. Je parlais des catéchistes en Afrique mais je pense que tous ces laïcs qui sont engagés en  France, c ’ est très beau, c’est une valeur très forte. Souvent ceux qui sont en France depuis toujours n  ’  ont pas conscience de cela. J  ’ en découvre la richesse mais ceux qui sont habitués le sont tellement, qu  ’ ils ne voient plus cette richesse qu  ’  ils vivent. Ils sont un peu désorientés mais ils n ’ ont pas à l ’ être. Moi , je vois en  France  Dieu travailler avec les personnes.

Père Loïc de  Pinieux, vous avez dit que vous êtes spiritain : qu   ’  est - ce qu ’ un spiritain ?

       Un spiritain c’est quelqu ’un qui appartient à une congrégation missionnaire. La congrégation des  Pères du   Saint - Esprit  a été fondée par le  P.  Liebermann et le  P .   Poulard des  Places pour s’occuper de l ’  Eglise d’  Afrique ; donc c’est une formation missionnaire que l ’ on reçoit c’est à dire aller partager avec les autres la mission que Dieu nous a confiée. Et quand on va là-bas, ce n’est pas pour leur apprendre, c  ’ est pour leur révéler les richesses qui sont en eux.

C ’ est bien ça que j ’ ai vécu dans la mission. Je ne leur ai pas appris comme quelqu ’ un qui vient pour endoctriner : j ’ ai partagé avec eux et j ’ ai révélé  cette recherche de Dieu qu ’ ils avaient en eux . J ’ ai révélé ce qu’ils avaient de potentiel en eux pour arriver vers Dieu.

La congrégation des spiritains est installée  à   Bordeaux depuis très longtemps puisqu   ’  autrefois, de nombreux missionnaires partaient en    Afrique, en bateau depuis   Bordeaux, et les pères spiritains y avaient une procure. Actuellement cette communauté existe toujours : qui compose cette communauté ?

C’est une communauté internationale de 4 prêtres :

notre supérieur, le Père Gabriel,   du   Nigéria qui s’occupe aussi des  Apprentis  Orphelins d ’  Auteuil, le  Père   Vandenberghe qui a passé 50 ans à  Madagascar et qui s ’ occupe de la chapelle rue  Gratiolet (c’est une chapelle de quartier qui a été érigée par les commerçants, il y a plus d  ’ un siècle), le  Père  Antonio qui est d ’ Angola, il s ’ occupe des  Portugais  et moi , j’avais demandé d’être inséré en  Pastorale. Je suis à mi-temps économe dans la communauté  spiritaine de  Bordeaux et à mi-temps à   Cestas dans une équipe de 3 prêtres et beaucoup de laïcs.

On parle beaucoup de la mission ici  mais , en cette année de l ’ appel pour nos communautés chrétiennes, est-ce qu ’ l ne reste pas cet appel à être missionnaire au loin  ?   Etre missionnaire là-bas est-ce toujours d ’ actualité 

     La mission ici et la mission là-bas, ne font qu ’ un.  Les deux vont de pair et s ’ enrichissent mutuellement. Le côté missionnaire, c’est un partage d ’ Eglise, un partage de connaissance, un partage de richesse.

Lorsque vous étiez en  Afrique, je sais que dans les dernières années de votre ministère, vous vous occupiez dans votre diocèse, des problèmes financiers en particulier de la gestion des fonds que vous receviez d ' Europe   (   par l ’ association   ‘Aide à l ’ Eglise d ’ Afrique ‘  par exemple )

        On recevait chaque année une aide assez substantielle, des intentions de messe et des dons pour réaliser certaines choses : je dirais que ça se situe plus dans un système d’aide globale où intervenaient les   OPM de  Rome et le   Secours  Catholique, le   CCFD et les autres.

 OPM signifie  :  œuvres pontificales missionnaires  fondées par  Pauline  Jaricot : chaque année, dans les paroisses, une quête est faite pour les missions, envoyée à  Rome qui répond aux différents diocèses.

Chaque année, je faisais une demande pour les catéchistes, pour construire une église…  Ils nous envoyaient selon nos besoins.  Même dans la  petite mission de   Salemata que j ’ ai fondée, il y avait une quête pour les missions et cette quête ( qui  n  ’ allait pas bien loin  ), on l ’ envoyait à Rome par solidarité pour partager avec les chrétiens du monde entier.

  Cette quête pour les missions qui est faite pendant la    Semaine   Missionnaire  Mondiale, il faut préciser qu ’ elle est faite dans les 4000 diocèses du monde et tout diocèse se sent solidaire pour donner, et aussi pour recevoir. Il est évident que des diocèses ou des communautés ont plus besoin d ’ aide financière que d’autres… 

On parle d ’ aider financièrement les  Eglises d  ’  Afrique : n’est-ce pas encore trop de   l  ’ assistanat ?

     Non, je ne le pense pas parce que  c  ’ est de l ’entraide qui partage : la quête missionnaire c ’ est le peu qu’ils ont  qu ’ ils vont envoyer à   Rome pour partager avec d ' autres . Assistanat  ?  Non  !  C’est une aide qu ’ eux-mêmes vont gérer parce que le clergé est africain. C’est prévu comme un partage de richesses spirituelles et matérielles manifestées dans le matériel : le matériel montre la richesse du   cœur , la richesse du partage, la vérité de la charité.

Saint Jacques disait : '  Si tu vois un pauvre, que tu lui dis : va-t-en et va  t  ’  habiller ’ et que tu ne lui donnes pas toi-même ton vêtement, tu n  ’ as rien fait, ce n  ’ est pas la peine  …

Parler, c’est bien, mais parler aussi avec les actes : montrer que  dans   ce  que  l  ’ on dit,  on vit la charité, que l  ’ on vit l ’ amour de Dieu : la charité.

Père Loïc de  Pinieux, vous avez dit qu ’ il y a 30 ans vous aviez le désir de  fonder une  Eglise, une communauté chrétienne. Ce projet a été réalisé : en êtes-vous heureux ?

       Oh ! J ’ai été très heureux ! Je remercie Dieu de m ’ avoir donné cette occasion de fonder une mission. Il n ’ y avait pas trace de vieille coutume chrétienne, de chasse aux grigris… L ’ intuition que j ’ ai eue, c’est de faire parler Dieu  lui-même par l  ’  évangile et j  ’ ai vu que Dieu convertissait les gens aussi bien et même mieux que moi même !

  Que peut apporter l  ’  Eglise d ’ Afrique à l ’ Eglise   aujourd’hui ?

       C’est une richesse culturelle, une manière de  vivre  …  : chaque population a ses richesses, ses coutumes, sa manière de faire et je pense que l  ’  Afrique peut peut-être nous interpeller au point de vue théologique. Il y a eu ce grand symposium, ce synode d ’ Afrique. Malheureusement,  il n’a pas eu lieu en  Afrique … mais au  Vatican ; on en parle de temps en temps dans les journaux. Les théologiens africains peuvent enrichir notre théologie et notre manière de comprendre l   ’ évangile en vivant plus près de la nature. Nous sommes peut-être trop intellectuels… Pour nous 2 et 2 font toujours 4, mais là-bas, ça fait parfois 3 ou 5   ! …  C’est une autre manière de penser, une autre manière de voir : ce peut-être une richesse pour vivre notre christianisme.

                                                                   Janvier 2004

Le Père Loïc de  Pinieux fait partie de l ' équipe de la  Coopération  Missionnaire  du diocèse de   Bordeaux.

Ce témoignage a été recueilli pour l ' émission  '  Chronique missionnaire  '  sur RCF  Bordeaux  Gironde par  J-C Dupart

 

 

 

 

 L'ACCUEIL EN GIRONDE

DE PRÊTRES  VENUS D' AUTRES ÉGLISES

 

     Témoignage du Père Hubert GNAKO

Directeur National des Oeuvres Pontificales Missionnaires  (  OPM ) pour l' Église de Côte d' Ivoire et  Secrétaire pour la Mission et les     OPM, à la  CERAO ( Conférence Épiscopale Régionale de l'Afrique Occidentale Francophone).

Le P.  Gnako a accepté la proposition d'aider des prêtres durant l'été :  à Arcachon en juillet 2001, à St Ferdinand de Libourne en août 2001 et depuis, chaque été pendant deux mois à l'église Notre Dame des Passes au   Moulleau.

     " Je souhaiterais faire une réflexion personnelle sur ma présence dans l'Archidiocèse de Bordeaux, relative au séjour d'été des prêtres :

     Venir en France s'inscrit, pour moi, dans la logique de la Coopération Missionnaire et des Oeuvres Pontificales Missionnaires   OPM   : un échange fraternel qui contribue à la communion entre nos Églises.  Je prends aussi des contacts, participe à des  Journées  Inter - Églises et donne des interviews à la presse écrite et radiodiffusée, au bénéfice de l' Église de Côte d'Ivoire.

     La "Journée Inter -  Eglises "  me permet de rencontrer des missionnaires d'autres continents, ce qui montre bien le caractère de l'échange fraternel entre   Eglises  du monde et l' Eglise de Gironde. Cette rencontre pourrait s'étendre sur deux jours, de manière à approfondir les connaissances. Aussi ne pourrait-on pas organiser des rencontres réciproques d'animation missionnaire entre les prêtres de Bordeaux et de Côte d' Ivoire, à l'occasion de la  Semaine   Mondiale des Missions ?

     Une partie de l' Eglise d'Afrique a eu la chance et la joie d'être évangélisée par l' Eglise de France. Elle a beaucoup donné, jusqu'au prix de la vie de ses vaillants missionnaires. C'est une grâce inestimable pour l' Afrique. Aujourd'hui l' Eglise de France manque de jeunes prêtres ; alors que l' Eglise d' Afrique en a un grand nombre. Il est donc normal que des prêtres d' Afrique viennent prêter main forte à l' Eglise de France, soit pour l'été, soit pour un contrat déterminé, dans l'esprit de la Coopération Missionnaire. "

 En terminant le P. Gnako pose la question de la sincérité des prêtres qui viendraient en France : à son avis, seuls les évêques de France et des pays d'Afrique sont à même de maîtriser la situation de leurs prêtres. Pour parvenir à une solution sécurisée, les responsables nationaux ou diocésains des OPM doivent être avertis pour collaborer avec les évêques concernés.

                                                             septembre 2003

 

        

TÉMOIGNAGE DU PÈRE GABIEL ISHAYA SHEYIN  

    

 Prêtre africain, Nigérian,

Missionnaire en France

    Originaire du Nigeria, je suis prêtre spiritain. Ma région natale est le nord du pays où une majorité musulmane et une minorité chrétienne essaient de vivre ensemble dans la paix et le respect des différences ethniques et religieuses.

     Bien que mes racines soient au Nord, j'ai grandi dans le Sud, à Port Harcourt, le riche bassin pétrolier du pays où j'ai fait mes premiers pas à l'école. Adolescent, j'avais beaucoup de rêves. J'hésitais entre devenir militaire à la suite de mon frère-tuteur et la boxe professionnelle. Un jour, en sortant d'une séance de boxe, j'ai participé à une procession solennelle à l'occasion de la fête du Christ -  Roi. Ce fut le déclic et grâce aux séminaristes stagiaires, j'ai pu m'intégrer rapidement dans la vie de la paroisse et prendre progressivement des responsabilités.

     Mais c'est la vie du prêtre missionnaire spiritain, curé de ma paroisse, qui a été déterminante dans mon choix de vie religieuse et missionnaire. Formé par les Irlandais, il était un peu strict mais d'une bonté exceptionnelle ; dans le quartier il était aimé de tous. Mon désir de devenir spiritain est né de l'admiration que j'avais pour lui. Puis peu à peu, est venue ma réponse personnelle à un appel au service des autres à cause de l'  Evangile;

     J'ai suivi le parcours classique de la formation au Nigeria puis en France. Je me souviens d'une conférence du père Alphonse Gilbert, alors postulateur des causes pour la béatification du père Brottier. Il nous a parlé pendant une heure de l' Oeuvre d'  Auteuil et du travail éducatif qui s'y réalise. Je fus touché par la personnalité du père Brottier, aumônier de guerre et éducateur hors du commun.

     Deux ans après, mes supérieurs me demandaient de poursuivre mes études en France. Une chance pour moi : jamais je n'avais imaginé une telle opportunité. Ordonné diacre, il m'a été proposé d'accompagner une vingtaine de jeunes filles de la   Maison  L'annonciation à Clamart (92). Je posais ainsi mes premiers pas dans la Fondation   d'  Auteuil sans m'en rendre compte .

     Après mon ordination presbytérale au Nigeria l'année suivante, j'ai reçu mon affectation de mission en France comme aumônier à la Maison Saint Joseph à Blanquefort (33).

     Là je fus d'abord frappé par le bon accueil qui m'a été réservé par l'ensemble de la Maison . " L'accueil est la force de l' Oeuvre" : ce slogan est resté pour moi un leitmotiv dans mes relations avec les jeunes et les adultes de la Maison.

     Aumônier, je ne suis ni enseignant ni éducateur de formation. Ma mission se situe dans le cadre pédagogique et éducatif auprès des jeunes.

     Prêtre, ma présence témoigne et rappelle cette dimension si souvent oubliée dans le monde d'aujourd'hui : le spirituel.

     Accompagner pour moi, c'est d'abord aimer le jeune; c'est le guider dans ses choix en l'aidant à trouver le sens qu'il veut donner à sa vie. C'est lui accorder une présence qualitative qui lui permet de rétablir une certaine confiance perdue en lui-même et en l'adulte.

     Prêtre africain, Nigérian, missionnaire en France, cela peut surprendre. Mais la réalité est là ! Je suis missionnaire dans un contexte différent de celui de mes frères aînés qui ont évangélisé l' Afrique. L'  Esprit Saint souffle où Il veut, comme Il veut, jadis comme aujourd'hui....

                                               Père Gabriel Ishaya Sheyin

                                                              mai 2003

 

 

Notre regard sur le monde

 

 

 " L'  Europe apparaissait comme le centre du monde. J'ai maintenant la vision d'un monde où les pauvres sont de plus en plus pauvres. L'idéologie capitaliste est une machine à faire toujours plus de pauvres.  Nous connaissons les conséquences de la dette extérieure et de la mauvaise volonté des puissants envers les pauvres. Je vois que le 'nord' et le 'sud' sont dans chaque pays."

 

   " Nous donnons beaucoup d'importance à l'organisé, au prévu, à la ponctualité. Vivre avec des Latinos, nous rappelle souvent que ce sont des valeurs relatives. Ce qui compte, c'est la relation personnelle, c'est prendre du temps pour l'autre.  Les pauvres étaient pour moi une catégorie sociale, maintenant ce sont des personnes. "

Notre regard sur l' Eglise

 

"Je sens une  Eglise universelle ici et là-bas, marquée  par une histoire et une culture, une  Eglise provoquée sans cesse à être missionnaire, à dire la Bonne Nouvelle à tous , surtout aux plus pauvres. Une autre façon d'être et de comprendre l' Eglise. Ici les sensations ont une grande place. " "  J'ai trouvé ici que tout baigne dans l'expérience de foi : Dieu fait partie de la vie et il y a un éveil des consciences par les Eglises. Pour changer les choses, il faut une révolution spirituelle. Plus on souffre d'une  Eglise, qui dans bien des cas se prostitue avec le pouvoir, l'argent... plus on est à même de l'aimer comme sa mère... "
 "  J'ai redécouvert une façon de vivre la fidélité à Dieu et à l' Eglise dans la contradiction.  L' Eglise se dit lumière du monde, mais elle est souvent dans le wagon de queue, comme lanterne rouge, n'avançant que tirée par le peuple et les événements. J'ai découvert une Eglise en solidarité avec les pauvres. C'est une grande richesse.  "  " Ici j'ai redécouvert l'  Esprit Saint dont on parlait peu en France. Avant, j'étais très radical. Maintenant, je suis plus ouvert au pluralisme. Je vois de plus en plus l'  Eglise comme une Arche de Noé où tous ont leur place, aussi bien l'éléphant que l'escargot !  "

Ce qui a changé en nous

" Un éveil plus grand à la solidarité. Un style de vie plus simple. Ca me donne beaucoup plus de tolérance, moins de jugements. J'ai appris à recevoir, dans l'écoute, le partage. "  

" Ce qui change ici, c'est la propre compréhension de nous-mêmes et de nous-mêmes au service d'une Eglise qui soit toujours dans la perspective de servir la construction du Royaume de Dieu. "

 

 

" Il m'est impossible de rester passif, indifférent ."

 

Ce que nous apportons à l'Eglise d'Amérique Latine

... et à celle qui est en France 

 

 

"  En Amérique Latine, nous apportons un peu de ce que nous sommes à partir de notre culture où l'organisation, les programmations, la constance, le travail, la responsabilité, la prévoyance, la volonté ont beaucoup d'importance. "

 

 " Nous ne pensons pas être là pour ' apporter ', mais pour ' vivre avec '... c'est d'ailleurs un gain immense. Néanmoins il y a un apport possible à partir de notre expérience d' Eglise en France. "
" Nous aidons à créer des réseaux de solidarité entre les forces vives de la nation : l'  Eglise n'a pas le monopole de la solidarité. "  

 " Par rapport à ce qu'on apporte à l'  Eglise de France, on a souligné l'importance de continuer nos lettres, nos témoignages lorsque nous y allons, mais les invitations 'à venir voir' sur place sont aussi un moyen privilégié. "

 

   " Il est nécessaire aussi de dire que nous ne sommes pas des héros et de détruire cette image de marque du missionnaire qui nous poserait comme un ' superman '. En France, la mission est souvent plus dure et les militants n'ont pas toujours les chances que nous avons. "

 

                                                                                                        mai 2003